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Ce qui violemment croît dans mes veines, c’est un torrent rouge sous des tonnerres en rut. Les fleuves et les rivières, ruisseaux, larges artères, éjaculations blanches d’où s’en viennent les éclairs.
Dans mes veines coule un sang nouveau — le sang noir de la terre. Cette terre d’où je viens, d’où je m’extrais vivant, comme un arbre centenaire. Cette terre d’où je pousse vers des signes dévorants, où me guident des sourires habillés d’ombres douces.
Ces embruns dans le vent, ces rafales déglinguées d’où j’extirpe des corps. Ces tremblements sismiques, failles béantes aux éclats, bégaiements sourds, longs frémissements. Par-delà les frontières, l’horizon qui s’écrase...
Ce qui violemment se déplie dans mes veines, c’est l’envie brute comme une danse ancestrale. Cette envie que je sculpte malgré tout, comme on taille un silex. Cette envie qui éructe, crache, gronde, et s’avance en silence sur des chemins de lave.
Ce qui croît tout au fond, c’est un nid en déroute. La ritournelle défaite de sulfureuses maîtresses, des spectres langoureux aux faux airs de princesses — ces mirages ambulants. La secousse insistante de mondes à l’agonie.
Ce qui croît tout au fond, qui jaillira un jour comme une dernière bûche, carbonisant les airs, illuminant l’aurore ; ce qui croît tout au fond s’inventera un nom, et au dernier moment sans faire le moindre effort, on pourra reconnaître sa gueule noire entrouverte.
25 mars 2010.