Teneurs du vide
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Teneurs du vide

(2010-2011)
De Emmanuel Saracco
Dédicacé à Vanessa et Astrid
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L’étrange nécessité

Emmanuel Saracco

Je fonds du plomb sur ma vie pour m’écouler discrètement par un trou de détresse ; pour échapper au plein, au satisfait, au gentil, au joli, au convenu, aux envies prévisibles et aux sourires niais.

Je m’injecte le poison du refus, du Non, de l’absolu désir de ne plus être moi-même, par dessein, jouant du soucis de m’éprendre chaque jour des remous nauséeux.

Je travaille le rien comme une coulée désuette, comme s’il pouvait m’entraîner vers la fin. Cet avenir brûlé que j’emplis jour après jour de vide. Ce vide écrasant qui me projette et me dissout comme un caméléon contre-nature imitant sa propre chair — morte. Qui peut survivre à la morsure du temps ?

Cette disparition, ces souvenirs, la brune terreur, il faut bien encore et toujours le dire et l’écrire ; ce monstre hideux c’est « moi », lui et encore ça, rien que moi — rien.

Apparu, comparu, disparu, souri, pleuré, crié, murmuré, pensé, écrit et même ri. Ce lointain, cet absent, ce passé. Ce qu’on m’intime d’être. Ce que je ne reconnais pas.

Si je me détruis, c’est par pure contingence ; si je me délite, c’est par pure négligence — l’étrange nécessité.

Je n’ai jamais été ce qui demande à être.

9 janvier 2011.

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