Teneurs du vide
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Teneurs du vide

(2010-2011)
De Emmanuel Saracco
Dédicacé à Vanessa et Astrid
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Accueil du site » 2. Les évasions du vent

Que le silence

Emmanuel Saracco

Dans la branchie supérieure du temps, des souvenirs filent au panache des étoiles. Rien n’est plus au vent qu’un bruissement de phonèmes que des gardes sans mobile jettent à l’approche du printemps. Lui qui pleurait entre les doigts des ombres pour éviter au pire de s’en aller content...

A-t-on oublié ces rires, autrefois accrochés aux lueurs de l’espoir ? Cet espoir mou qu’on trouve encore à la surface de quelque passante hagarde, les yeux mielleux et humides comme des lèvres trop usées par de vastes sourires.

Les gens marchent pour éviter de courir à l’envers, parce que la marche, c’est encore quelque chose de noble et de vivant. Des fuyards — nos fuyards —, des enfants d’air et de feu qui vrombissent sous leurs ailes naissantes.

Les tapis d’aurores qui passent au loin rappellent l’heure de la mort à tous les pleurnichards qui regrettent l’âme derrière la vitre mouillée — l’âme et ses dents pourries par le cimetière des années.

Ces années qu’on entasse. Ces années troubles, hélas ! Vitreuses, mal fichues, bancales. Ces années qui pénètrent au plus profond du crâne. Ces années vides de sens. Ces années évidentes. Ces années éventrées dont on ne sait que faire.

Que le silence... Que ce silence vibrant, cet incendie muet, cet abysse dévasté où se rejouent les drames — vérité sans parole, tragédie sans sujet. Que le silence... et ses mondes avortés.

12 octobre 2010.

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