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Il existe un lieu d’où je viens, un lieu d’où je vois, un lieu d’où j’entends, un lieu d’où je pleure, un lieu d’où je ris, un lieu d’où je pense. Chaque lieu est un refuge en soi. Chacun d’eux a ses rêves, ses odeurs, ses couleurs, ses émois. Chaque lieu est une trêve sur un chemin de croix.
Sur une carte j’ai tracé la frontière floue qui les sépare. J’ai tracé puis gommé leur fragile souvenir. Le temps a laissé sur les feuilles des fantômes émaciés. Leurs voiles langoureux décrivent des cercles restreints — ces balais de regards.
Il existe des lieux d’où je viens sans le dire. Des lieux qui ne connaissent que des formes invisibles, des plans sans abscisse, des terres sans endroit, des années sans hiver, des ciels empourprés sous de vastes tonnerres. Il existe des lieux d’où je tombe, sans doute — ce sont les lieux d’âpres gouffres.
Il existe un lieu d’où je pars et vers lequel je reviens. Un lieu qui sans cesse me repousse et m’attire. Une accolade ouverte d’où s’en viennent les désirs, les envies, les envols, les besoins — comme une mer offerte aux séductions du vide.
Il existe un lieu d’où m’appellent les sourires. Un lieu d’où sont offertes les joyeuses rixes d’antan, les rencontres incertaines et l’absolu désir — le lieu des joutes étranges et des absurdes fêtes. Ce lieu-dit que tu m’offres et qui me tient vivant, ce rien fait d’un peu tout où il m’arrive d’être.
Il existe un lieu d’où je viens, un lieu d’où je vois, un lieu d’où j’entends, un lieu d’où je pleure, un lieu d’où je ris, un lieu d’où je pense. Un souffle puissant et fragile qui me maintient en vie et me pousse à renaître. Ce lieu... Ce lieu d’où l’on s’enfuit et que je crois connaître ; ces regards un peu fous qui m’appellent et m’alertent — Cette puissante symphonie aux contours infinis.
20 mars 2010.